29/08/2004

Nouvel Observateur Hebdo  N° 2056 -&nbs

Nouvel Observateur Hebdo  N° 2056 - 1/4/2004 er

vateur Hebdo  N° 2056 - 1/4/2004
Interview: Claudine Vidal

«Oui, le génocide a bien été prémédité...»

Coupable d'avoir hier cyniquement abandonné les victimes à leur sort, la communauté internationale ferme aujourd'hui les yeux sur le régime militaro-policier instauré par Kagamé à Kigali



Le Nouvel Observateur. -Après le 7 avril 1994, début des massacres au rwanda, la notion de génocide a eu du mal à s'imposer. Existe-t-il aujourd'hui encore des formes de négationnisme?

Claudine Vidal. - Le terme de génocide a été très vite utilisé dans la presse. Dans les instances internationales, ce fut plus difficile. Les Etats-Unis, en particulier, ne voulaient pas que le mot soit employé à l'ONU car cela aurait comporté une obligation d'intervention. Cette première forme de négationnisme a été balayée dès le mois de juin par la reconnaissance internationale du génocide et par la création du Tribunal pénal international pour le rwanda. Mais il y a eu une démarche plus subtile et beaucoup plus répandue dans des milieux rwandais et chez leurs amis européens: elle consiste à dire que le crash de l'avion du président Habyarimana, abattu le 6 avril, a provoqué la fureur populaire. Les tueries, selon eux, ont commencé pour venger le président. Il n'y aurait donc pas génocide, puisqu'il n'y avait pas préméditation. Cela a pu être vrai dans certains endroits, mais ça ne suffit pas pour rendre compte de l'ampleur des massacres. Les enquêtes ainsi que les procès, passés ou en cours, ont démontré que le génocide a été prémédité et organisé, bien que l'on ne sache pas encore tout à fait comment tout cela a été préparé.

Certains rwandais défendent la thèse selon laquelle il y avait effectivement tous les éléments pour un génocide, mais sans que la décision de le déclencher ait encore été prise. C'est le crash de l'avion présidentiel qui a donné l'occasion de déclencher le génocide en profitant de la stupeur générale pour assassiner, la nuit même, les personnalités politiques qui auraient pu s'y opposer. Cette thèse n'est pas négationniste, mais elle intègre le fait qu'il y avait, à côté de l'élément organisationnel, une part d'imprévu. Il reste donc des points à éclaircir pour acquérir une connaissance approfondie du génocide.

N. O. - Certains parlent à nouveau de «génocides», au pluriel. N'est-ce pas une autre forme de négationnisme?

C. Vidal. - L'idée d'un double génocide a été répandue très vite par des milieux de la diaspora hutue, qui ont voulu faire reconnaître l'intensité des meurtres qui ont été commis contre les Hutus au rwanda même, puis à l'extérieur, notamment au Congo, par le FPR (Front patriotique rwandais, organisation politico-militaire des exilés tutsis qui ont attaqué le rwanda en octobre 1990). Il y a eu des massacres, y compris de familles entières. Ce sont des crimes contre l'humanité. On pourrait même parler de massacres à logique génocidaire. Mais on ne peut en aucun cas les assimiler au génocide prémédité dont les Tutsis ont été les victimes.

N. O. - Vous avez dit que vous étiez gênée par le personnage omniprésent du tueur à la machette. Pourquoi?

C. Vidal. - Parce que, très souvent, on ne voit que lui dans la presse et dans les livres sur le génocide. C'est grave, car cela pourrait accréditer la thèse de la réaction populaire spontanée. Cela revient aussi à globaliser la culpabilité de l'ethnie hutue, majoritairement composée de paysans. Or tous les paysans hutus n'ont pas participé aux massacres. Nous devrions tenir compte de l'implication politique de cette image du tueur à la machette et ne pas réduire la description du génocide à cet aspect-là.

N. O. - Que pensez-vous du régime instauré par le FPR?

C. Vidal . - C'est un totalitarisme fondé sur une organisation militaro-policière qui bénéficie d'une sorte de «convention du silence» de la part de la communauté internationale, peu désireuse de se voir rappeler qu'elle a cyniquement abandonné les victimes à leur sort. Du coup, il suffit, et j'en ai fait l'expérience, de critiquer le nouveau pouvoir pour être stigmatisé comme «négationniste», comme si critiquer le FPR revenait à nier le génocide.

N. O. - Selon des révélations attribuées au juge Bruguière, c'est l'actuel président du rwanda, Paul Kagamé, qui serait le commanditaire de l'attentat contre l'avion de son prédécesseur Habyarimana. Quelles peuvent être les conséquences de ces révélations?

C. Vidal. - Cela ne changerait rien quant à la réalité du génocide. Mais s'il était avéré que Paul Kagamé a été le commanditaire de l'attentat, cela aurait des conséquences sur l'interprétation politique des événements, à la fois en ce qui concerne les Hutus qui n'ont pas trempé dans les massacres et qui se considèrent à juste titre comme des victimes secondaires de ce génocide, et en ce qui concerne les Tutsis rescapés. Pour ces derniers, ces révélations, si elles étaient vérifiées, seraient particulièrement dures à supporter. Cela les conforterait dans le sentiment qu'ils ne comptaient pour rien dans les calculs politiques et la stratégie militaire du chef du FPR. Ils pourraient, d'une façon ou d'une autre, manifester leur mécontentement. En tout cas cela prouve qu'il reste un considérable et difficile travail de vérité à faire au rwanda même.

François Schlosser

 

http://www.geocities.com/nikozitambirwa/genocide_rwandais...

 

   

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13:48 Écrit par RWANDA_actualit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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